The Garage Sessions

La mélancolie comme point de départ

Il y a des projets artistiques qui commencent par une stratégie. Celui de Swanaryn et Lord Corvus débute par un souvenir.

Avant la musique, avant le concept hybride, avant même l’idée d’un duo, il y avait une année américaine. Swanaryn y arrive discrètement, presque en retrait, pour suivre une formation en photographie et en dessin. Elle observe plus qu’elle ne parle, préférant la distance silencieuse de l’objectif à l’exposition directe. Son travail s’intéresse déjà aux présences fragiles, aux émotions qui apparaissent entre deux gestes plutôt que dans la pose elle-même.

C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Corvus (Lord).

Lui semble vivre dans un rythme opposé au sien. Modèle, expressif, spontanément drôle, il occupe l’espace avec une facilité désarmante. Toujours prêt à détourner une situation sérieuse par une plaisanterie, il cache pourtant une obsession plus intime : la musique.

Le soir, loin des regards, il chante dans son garage.

Pas un studio. Pas un décor artistique. Juste un espace improvisé où s’accumulent instruments, câbles et échos imparfaits. C’est là que prennent forme ses premières chansons — lentes, nocturnes, marquées par une mélancolie inattendue chez quelqu’un d’aussi lumineux dans la vie quotidienne.

Swanaryn commence à venir photographier ces sessions.
Sans mise en scène. Sans direction artistique consciente. Elle capture simplement ce qui se passe : une voix qui cherche sa place, des silences entre les prises, des moments suspendus où la musique existe sans public. Le contraste entre eux devient la force invisible du moment.
Lui improvise, plaisante, recommence sans cesse.
Elle observe, archive, ressent.
Les chansons naissent ainsi, dans une simplicité presque accidentelle.

Puis le temps passe. Les projets changent, les vies évoluent. Les enregistrements restent inachevés, les photographies rangées comme des fragments d’une époque révolue.

Des années plus tard, Swanaryn redécouvre ces archives. Ce qui la frappe n’est pas la qualité technique — imparfaite — mais l’émotion intacte. Une sincérité difficile à recréer dans un environnement professionnel.

Elle recontacte Corvus avec une proposition radicale : reprendre ces morceaux exactement là où ils avaient commencé.

Pas de production lourde.
Pas d’artifice.
Retour au garage.

Ils enregistrent alors une nouvelle session, volontairement dépouillée. La voix reste brute, les imperfections deviennent partie intégrante du son. L’humour naturel de Lord Corvus s’efface parfois derrière une gravité inattendue, tandis que Swanaryn transforme ces moments en œuvre globale où image et musique dialoguent constamment.

Là où la mémoire devient musique

Le garage. Là où le bois et le fer ont rencontré le souffle. Pas de processeurs, pas d’effets, pas de filtre. Juste la voix de Lord Corvus et sa guitare.

Le garage n’est pas qu’un lieu, c’est un point de vue. C’est ici que l’image a rencontré le cri. 

Swanaryn écrit l’ombre. Corvus lui donne une voix.

Dans un espace suspendu entre souvenir et transformation, leurs chansons émergent comme des fragments retrouvés. Rien n’y est totalement réel, rien n’y est entièrement fiction. Les compositions dessinent des paysages nocturnes où la voix apparaît comme un message venu d’ailleurs, porté à travers le temps.

Une histoire commencée il y a dix ans ...

Photos et videos : Cyndi Claessens / TZIA digital art.

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